Ethersection, une exposition de Philippe Charles en collaboration avec Laetitia Bourget

En coopération artistique avec Marta Jonville, Vito Caula, Amélie Dechaume, Laura Pannier, Antonine Baron et Simon Searle

L’histoire d’une résidence de six mois qui a duré deux ans…

En résidence à La cuisine depuis décembre 2019, Philippe Charles a semé, fait pousser, récolté, un ensemble et une multitude, d’œuvres, d’actions, de gestes, de performances qui se sont fondus et disséminés durant deux années dans notre paysage quotidien.

Le pain

Philippe a commencé à faire du pain dans les fourneaux.

 

Les rencontres

Philippe échange avec des femmes Yézidies, réfugiées à Septfonds, sur leur pratique du pain comme aliment de base, une tradition ancestrale qui s’est adaptée aux échanges de denrées internationales. La culture du blé ancestral, l’engrain, et l’usage du levain sec qui permettait de préparer le pain s’étant perdu en chemin.

 

Les cercles

Il a tracé au sol des cercles concentriques autour du château qui devaient accueillir du blé, pour former ses cultures agissantes, avant que COVID n’effectue son travail. Ces cercles, nous dit-il, devrait apaiser les tensions du centre d’art, nous espérons fort qu’ils agissent !

 

Mars 2020 : Lock down, nous sommes confinés

L’herbe pousse, les cercles s’effacent.

 

Mai 2020, déconfinement

Philippe refait du pain, de la brioche, puis du pain noir charbonné.

Nous retraçons les cercles, Philippe sème ses blés. Les cultures agissantes sont en place, mais la pluie tarde à les faire germer et les oiseaux arrivent en masse pour se  repaître des grains. Chaque matin, nous essayons de les chasser. Puis, nous fabriquons des épouvantails en aluminium. Les oiseaux s’en moquent, et les passants rient…

 

Le levain

La culture du levain endémique est initiée sur le Causse d’Anglars, surplombant l’Aveyron. Il bénéficie des soins attentifs d’Émilie Ramboz qui habite le Causse.

Ce levain vit à l’extérieur et l’eau utilisée pour sa confection est puisée dans une très ancienne citerne en pierre enterrée qui récolte sans aucune filtration les eaux de pluies d’un toit en terre cuite. Toutes les poussières, feuilles, pollens, bactéries et levures qui s’y déposent y sont précipités à chaque pluie.

Pour accentuer un peu plus cette concentration d’éléments disparates, une étamine suspendue à un fil capte les poussières transportées par le vent depuis le Causse et les gorges de l’Aveyron. Elle est ensuite plongée dans le seau de puisage et essorée pour en extraire toutes les particules.

C’est en suivant ce même protocole à chaque rafraichi que cette eau chargée en vie invisible est incorporée au levain avec une part de farine de blés anciens, et mélangée à la main. Des arômes de céréales sucrées, de roses et de framboises s’en dégagent.

Durant toute la durée de l’exposition, ce levain, ainsi que celui qu’il utilise depuis des années en Brenne, sera mis à disposition des visiteurs du centre qui pourront en emporter leur propre usage.

 

Les blés

Les blés rouges de printemps ont poussé, les épis sont bien remplis, les grains sont beaux. Leur nom vient de leur couleur une fois mures.

La récolte est faite à la main.

 

Le four

Un four à pain pédagogique et transportable en brique de terre crue est conçu en dialogue avec Vito Caula, et  Jérôme Tugayé, puis construit avec l’assistance d’Amélie Dechaume.

Les adobes sont réalisés et maçonnés par les stagiaires de la formation OPEC du GRETA d’Auch sous l’œil bienveillant de leur formateur.

Le four permettra aux enfants des écoles d’apprendre à cuire le pain au feu de bois. Les dimensions sont adaptées à leur taille.

 

L’exposition

L’exposition est un écrin et une invocation des énergies qui renouvellent sans cesse le vivant : la rivière, la terre, le feu de la cuisson et les processus organiques, cycliques.

Philippe Charles et Laetitia Bourget ont conçu cette exposition ensemble, travaillant sur des pièces communes, articulant leurs savoir-faire, avec l’aide de l’équipe de La cuisine.

Nous sommes le 9 août, des escargots parcourent vaillamment les vitres de la salle d’exposition, y dépose la trace de leur passage. Du levain y est appliqué pour créer des vitraux monochromes qui adoucissent la lumière et saturent l’atmosphère en levure et bactéries.

Deux levains sont à disposition des visiteurs dans des récipients réalisés par Lætitia avec des argiles endémiques de leurs lieux d’ensemencement.

Des adobes sont au sol. Laetitia y grave des dessins, symboles invocateurs de l’énergie du feu de cuisson. Ces adobes forment une sole réfractaire de four à pain qui s’intitule « métamorphisme du cœur ».

Une plateforme est en cours de construction, elle nous offre un point de vue surélevé, permettant la contemplation de l’Aveyron qui s’écoule en contrebas du château, et surplombe l’espace d’exposition.

Au sol, des tracés fertiles se déploient dans l’espace comme un rhizome. Cette fresque mêle les tonalités d’argiles crues prélevées aux abords de l’Aveyron, dans son lit, sur ses rives, sur les causses d’Anglard, et dans la Brenne aux abords de la Creuse, la rivière près de laquelle vivent les artistes.

La fresque est formée de cercles d’argile tracés au sol, en échos aux cultures agissantes des blés, s’imbriquant les uns dans les autres. Les visiteurs traversant l’espace y laisseront leurs empreintes et effaceront progressivement les cercles à leur passage

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Adresse

La cuisine – Centre d’art et de design
Esplanade du château 82800
Nègrepelisse France
infos@la-cuisine.fr
Entrée libre et gratuite
Du mercredi du dimanche de 13h à 19h
Le mardi du 9h à 19h